Mardi 16 mars 2010
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A la mémoire de Jean Ferrat
Crachons veux-tu bien
sur ce que nous avons aimé ensemble
crachons sur l'amour
sur nos lits défaits
sur notre silence et sur les mots balbutiés
sur les étoiles fussent-elles
tes yeux
extrait de La grande gaîté, 1929.
Poême à crier dans les ruines
Dimanche 20 décembre 2009
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Un corps d'ouvrière, quand il vieillit, montre à tous les regards ce qu'est la vérité de l'existence des
classes.
dans Retour à Reins.
Mardi 8 décembre 2009
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10:12
J’ai perdu bien des mots dans ma vie, à force d’abrutissement.
Le mot perdu qui me manquait le plus, depuis quinze années, ce mot m’est revenu en rêve dans la nuit :
Volupté.
Moi qui aimait tant prendre les bains, paresser dans la mousse et le parfum, les bourreaux blancs m’ont plongée dans
des baignoires emplies de glace pilée, il m’y tenaient, pesant à quatre mains sur mes épaules et mes chevilles jusqu’à ce que je m’évanouisse de douleur. Aujourd’hui, la seule vue d’une baignoire
me glace le sang.
Qui pardonnerait ?
Dans Alabama Song.
Mercredi 16 avril 2008
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Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci.
Vendredi 2 novembre 2007
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16:13
Peu de temps après j'étais retourné au Mémorial, ayant lu dans la presse que les Klasfeld envisageaient de publier un ouvrage consacré aux enfants de France morts
en déportation. J'avais déposé au service de documentation la photo de Simon conservée dans le tiroir de mon bureau, accompagnée des renseignements demandés.
Quelques mois plus tard je recevais le gros livre noir, le terrible album rempli de sourires, de robes et de costumes du dimanche, de coiffures apprêtées, dans lequel il figurait, clignant des yeux
sous le soleil, devant son rempart d'épis de blé.
Des années après que mon frère avait déserté ma chambre, après avoir mis en terre tous ceux qui m'étaient chers, j'offrais enfin à Simon la sépulture à laquelle il n'avait jamais eu droit. Il
allait y dormir, en compagnie des enfants qui avaient connu son destin, sur cette page portant sa photo, ses dates si rapprochées et son nom, dont l'orthographe différait si peu du mien. Ce livre
serait sa tombe.
dans Le Secret
Vendredi 2 novembre 2007
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16:01
Le président Laval, qui avait encouragé -afin de ne pas séparer les familles, plaidera-t'il pour sa défense- la déportation des enfants de moins de seize ans avec
leurs parents. Voilà ce que j'aurais répondu à l'examinateur le jour du bac, s'il ne m'avait pétrifié. Et j'aurais même ajouté la phrase odieuse de Brasillac :
" Surtout n'oubliez pas les petits."
Comment oublier les petits, ombres sans sépulture, fumées planant sur des terres hostiles ? Je suis resté immobile, l'oeil fixé sur les inscriptions. Devant ce cimetière, entretenu avec amour
par la fille de celui qui avait offert à Simon un aller simple vers le bout du monde, l'idée de ce livre m'est venue.
Dans ses pages reposerait la blessure dont je n'avais jamais pu faire le deuil.
dans Le Secret
Vendredi 2 novembre 2007
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15:53
Un soir enfin il s'autorisera à la prendre. La crainte d'être entendu bridera ses élans, Louise, Esther et Georges ne sont séparés d'eux que par une cloison. Maxime laissera aller et venir ses
reins, plongera au plus profond de Tania jusqu'au moment où, n'y tenant plus, il mordra ses lèvres pour ne pas crier. L'effort pour se contenir décuplera son plaisir. Il tient dans
ses bras celle qu'il désire depuis des années mais sur le point de perdre conscience, c'est l'image d'Hannah qui lui apparait. Alors, de toutes ses forces il la repousse, rejetant son
visage clair dans la nuit.
dans Le Secret
Vendredi 2 novembre 2007
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15:40
J'en étais là. Grâce aux révélations de Louise j'avais bâti ce récit, pour en arriver à cette nuit.
Une nuit durant laquelle un petit garçon et sa mère quittaient définitivement cette terre pour entrer dans le silence. Elle scellait le destin de mes parents et allait me permettre de venir au
monde, quelques années après la mort de Simon.
Je ne pouvais naître qu'à cette condition : sa vigueur cédait la place à ma fragilité et il s'enfonçait dans la nuit afin que je puisse voir le jour.
C'était lui ou moi, un scénario comparable à celui des corps à corps nocturnes avec le frère imaginaire qui partageait ma chambre. On ne prononcera plus son nom, ni celui d'Hannah ; ne
resteront d'eux que des sacs abandonnés derrière un fauteuil. Des vêtements, des odeurs, un chien de peluche, des objets orphelins, quelques photos que l'on relèguerait dans l'ombre, et des
pensées coupables, dont je supporterai le poids.
dans Le Secret.
Mercredi 10 octobre 2007
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16:30
Le plus fort n'est jamais assez fort pour être le maître, s'il ne transforme pas sa force en droit, et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus
fort.
lu dans Le journal L'Humanité.
Vendredi 14 septembre 2007
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11:37
La manipulation commence quand la clarté n'est plus un simple accompagnement de l'argumentation, mais qu'elle s'y substitue.
dans La parole manipulée.