Le Paradis en ce monde se trouve sur le dos des chevaux, dans le fouillement des livres ou entre les deux seins d'une femme.
Cité dans l'article de Jérome Garcin, sur le site Bibliobs.
Je regardais sa cambrure animale, les mouvements de son cou. Et la douleur du désir me faisait mal.
J’aurais aimé moi-même être à demi cheval pour mieux l’approcher, la flairer, entrer profondément dans ses toisons
plus sombres, les sueurs de sa robe, les replis de sa chair, oui, la sentir du dedans avec cette puissance et cette subtilité olfactives dont sont dotés les chevaux. Ils n’ignorent rien des
émotions de leur cavalière, des désirs, des colères qu’elle couve et qu’ils déchiffrent dans une langue d’odeurs. J’enviais ce Verbe sauvage qui montait d’un corps plus fondamental, primitif,
envoûtant. Corps d’une impitoyable impudeur, oui, obscène.
Dernier galop dans la plaine arasée de l’été déjà finissant. Dernière cueillette de mûres, et l’Eaubac
gourmand qui s’arrête le long des haies épineuses et incline sa tête curieuse vers ma main gorgée de juteuses douceurs. Dernière plongée dans les sous-bois où je serre si fort et embrasse son
encolure de velours pour éviter les branches basses et le laisser m’emmener, comme un fils donne la main à son père. Dernier trotting sur les petites routes, et je ferme les yeux, et je ne vois
qu’avec mon corps en lévitation, et j’oublie tout, bercé par le rythme cadencé des fers sur le macadam tiède. Dernière promenade amoureuse, animale, végétale, sous un ciel d’accompagnement, dans
une lumière d’autrefois qui lentement décline.
dans Journal équestre.
Treize ans plus tard, ce qui restait de ma propre jeunesse s’enfuyait, dans mon dos, au galop. C’est étrange d’entendre au loin caracoler une part de soi qu’on n’a pas su retenir et de savoir que disparaissent à jamais, derrière une barrière de vieux arbres, les secrets, les confidences, les poèmes, les illusions perdues, les vertes espérances, dont nos chevaux en allés sont les gardiens respectueux et attendris.
Dans Journal équestre.
Le dernier souvenir triste flotte autour de moi et parfois me recouvre comme de la brume, effaçant la lumière du soleil et jetant un froid
sur l'évocation des temps heureux. Il y a eu des joies trop profondes pour être décrites avec des mots, et des douleurs que je n'ai pas osé regarder en face. C'est en pensant à elles
que je dis : grimpez, si vous le voulez, mais souvenez-vous que le courage et la force ne sont rien sans la prudence et qu'une négligence momentanée peut détruire le bonheur d'une vie. Ne faites
rien à la hâte. Portez votre attention à chaque pas. Et dès le départ, pensez à ce que peut être la fin.
dans Escalades dans les Alpes.