Mardi 9 mars 2010
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Pour corriger une indifférence naturelle, je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil. La misère
m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l'histoire ; le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. Changer la vie, oui, mais non le monde dont je faisais ma divinité.
C'est ainsi, sans doute, que j'abordai cette carrière inconfortable où je suis, m'engageant avec innocence sur un fil d'équilibre où j'avance péniblement, sans être sûr d'atteindre le but.
Autrement dit, je devins artiste, s'il est vrai qu'il n'est pas d'art sans refus ni consentement.
Dans L'envers et l'endroit- Préface
Samedi 16 janvier 2010
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Sans doute ne consentit-il à devenir romancier que pour tenter de trouver un équivalent littéraire à ses partitions
interrompues et inspirer à son lecteur, rageant chaque fois de ne pouvoir y parvenir, cette émotion intraduisible que provoquent un concerto, un lied, une fugue, un requiem, lorsqu'ils semblent
tombés du ciel et qu'ils y retournent ensuite, emportant avec le silence une part obscure, inavouée, de nous-mêmes.
Dans Son excellence, monsieur mon ami.
Mardi 8 décembre 2009
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J’ai terminé ce livre. Comme les précédents, il m’aura pour un temps rapproché des vivants et des morts. C’est dans
l’ordre des choses simples. Les journées passées à l’écrire, et parfois à le veiller, m’auront fait aussi comprendre qu’en me lançant dans cet étrange voyage, avec l’impulsivité et la naîveté
d’une mouche, j’avais confusément réalisé le rêve de tout homme : traverser la forêt de ses peurs pour accéder à ces émotions secrètes,
ces infimes parcelles de bonheur qui sont en nous, tapies dans un endroit que nous ignorons, et que, souvent, nous recherchons pendant toute une
vie.
Dans Si ce livre pouvait me rapprocher de toi.
Jeudi 12 novembre 2009
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Faire un livre est une chose très simple. Il suffit de ne pas vivre. De s'arrêter, d'attendre que les morts sortent de
terre, les sentiments de l'oubli, et les vers de la vase. Il suffit de décomposer les images du bonheur pour entendre, derrière le bruit des bouches qui s'embrassent, résonner le murmure des
indicibles questions que chacun porte en soi.
Dans Si ce livre pouvait me rapprocher de toi.
Mercredi 16 janvier 2008
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Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé.
C'est un roman, rien qu'une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.
Et puis d'abord, tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
C'est de l'autre côté de la vie.
dans Voyage au bout de la nuit
Mercredi 9 janvier 2008
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Si j'avais souhaité autrefois me faire institutrice, c'est que je rêvais d'être ma propre fin ; je pensais à présent que la littérature me permettrais de réaliser
ce voeu.
Elle m'assurait une immortalité qui compenserait l'éternité perdue, il n'y avait plus de Dieu pour m'aimer, mais je brûlerais dans des millions de coeurs.
dans Mémoires d'une jeune fille rangée.
Mercredi 2 janvier 2008
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" Avez-vous un coeur pour sentir ? Avez-vous un cerveau pour penser ? Avez-vous idée de ce à quoi peuvent servir les sons quand il ne s'agit plus de danser
ni de réjouir les oreilles du roi?
Cependant votre voix brisée m'a ému. Je vous garde pour votre douleur, non pour votre art".
dans Tous les matins du monde.
Dimanche 14 octobre 2007
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